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Intervention de Pierre Niobey, membre du bureau  à la Commission exécutive de l’U.S.R. C.G.T. de la Manche à Saint-Lô, le 8 septembre 2014

 

Chers camarades,

A notre dernier congrès de l’U.S.R., en avril 2013, nous avions décidé de poursuivre l’échange sur notre solidarité avec les travailleurs palestiniens et la manière de la concrétiser. Notre Congrès se situait 2 mois après que Bernard Thibaud ait conduit une délégation de la C.G.T. en Palestine, où elle a rencontré les syndicalistes palestiniens, et pris avec eux des engagements de soutien et de solidarité. Au Bureau de l’U.S.R., nous avions décidé en juin dernier de revenir sur la question de la Palestine à cette rentrée de septembre mais nous ignorions à ce moment-là que le Gouvernement Israélien avait pris la décision de décimer la résistance palestinienne dans la bande de Gaza, et de passer à l’offensive le 7 juillet dernier .

 

LA GUERRE CONTRE LE PEUPLE DE GAZA

En effet, le Gouvernement de Netanyanu, ne supportant pas le rapprochement des deux principaux partis politiques palestiniens, le Hamas et le Fatah, en vue de former un Gouvernement d’union, a tout simplement décidé de briser l’unité enfin retrouvée pour mieux garder sa domination sur la Palestine. Le Gouvernement Israélien a pris prétexte de tirs de roquettes pour lancer une vaste offensive guerrière scandaleuse, dans le but de briser toute résistance. 50 jours d’une guerre aveugle, au mépris des lois élémentaires de la guerre. Le bilan, nous le connaissons : Côté Israélien, 64 soldats ont été tués, ainsi que 6 civils, dont un enfant. Côté palestinien, 2143 victimes, dont 475 enfants et 246 femmes. Plus de 70% des Palestiniens tués sont des civils. Pus de 11000 blessés, et plus de 1000 enfants vont souffrir de handicaps à vie. 17 200 logements détruits ou gravement endommagés, soit 103200 personnes sans logement. 400 000 personnes déplacées ; 180 000 personnes ont un accès restreint à l’eau. 15 hôpitaux et 16 centres de santé nécessitent leur reconstruction. Mais 29 hôpitaux de travail fonctionnent grâce à des générateurs. Cela ne suffit pas à répondre à la demande qui est immense.

De nombreux rassemblements en France et dans le monde, dont 7 dans la Manche, ont été organisés en solidarité avec la résistance palestinienne pour la paix entre les deux peuples. Ils ont largement contribué à la pression internationale de plus en plus forte qui s’est exercée sur le Premier Ministre Israélien pour accepter un cessez-le-feu dont l’acquis essentiel est la levée progressive du blocus de Gaza, qui en faisait une prison à ciel ouvert. Plusieurs points de passage sont rouverts. L’Autorité Palestinienne a la principale responsabilité pour l’application de l’accord. Même si Israël lui a fait payer un prix très fort, en transformant cette guerre en véritable carnage, la résistance palestinienne en sort la tête haute. Il faut à nouveau tout reconstruire, mais la liberté est à nouveau en marche. Rien n’est vraiment réglé, mais il y a un avant et un après l’été 2014. Le Gouvernement Netanyahu voulait anéantir la résistance, mais, celle-ci, pour prouver qu’elle demeurait bien présente et debout, a tiré quelques 80 roquettes quelques heures avant le cessez-le-feu. Et l’unité du peuple palestinien n’est pas brisée. Mahmoud Abbas en est le chef reconnu. La question fondamentale demeure, bien sûr, comme nous le disons depuis longtemps à la cgt, une solution à deux Etats : Un Etat palestinien coexistant avec un l’Etat Israélien, la restitution des territoires occupés, et Jérusalem-Est comme capitale. Il va nous falloir encore accentuer la pression pour obliger l’Etat d‘Israël à respecter les décisions de la Communauté internationale.

 

LA C.G.T et la PALESTINE

 

La faible mobilisation à la base des structures de la cgt dans cette dernière période pour soutenir les gazaouis et plus généralement pour soutenir le peuple palestinien pourrait faire penser que, nous, syndicalistes cgt, nous ne sommes plus dans notre responsabilité d’organisation syndicale et de militants lorsque nous appelons à nous mobiliser pour la paix en Palestine.

Je vois, au contraire, au moins trois raisons de nous impliquer dans ce combat :

La première, c’est que, dès son origine, la cgt a inscrit dans ses objectifs et ses statuts la paix et l’amitié entre les peuples. Dans le préambule des statuts, il est écrit : «  Fidèle à ses origines, à la charte d’Amiens de 1906, héritière desvaleurs humanistes et internationalistes qui ont présidé à sa constitution…. La cgt agit pour la paix et le désarmement, pour les droits de l’homme et le rapprochement des peuples ».

La seconde raison, c’est que les travailleurs de Palestine sont exploits par le même système capitaliste que nous. Un capitalisme mondialisé dont les relais sont la Banque Mondiale et le FMI. Ce sont ces institutions qui nous étranglent. Comme elles étranglent les travailleurs palestiniens, comme nous allons le voir tout à l’heure Comme le disent encore nos statuts : « La cgt défend les intérêts des salariés sans exclusive, en tous temps et en tous lieux… Elle agit pour une société démocratique libérée de l’exploitation capitaliste… »

La troisième raison, c’est que nous sommes les héritiers d’une organisation syndicale qui s’est largement impliquée dans la Résistance pour retrouver la liberté il y a 70 ans. Nous savons ce qu’est un pays occupé. Nous savons que la Résistance, parmi lesquels de nombreux militants cgt, a été un élément déterminant pour retrouver notre liberté. Notre place de syndicalistes, me semble-t-il, ne peut être qu’aux côtés de ceux qui résistent à l’occupant dans le seul pays aujourd’hui occupé, la Palestine. C’est la raison pour laquelle notre solidarité avec les travailleurs palestiniens et le peuple palestinien est une histoire aussi ancienne que la colonisation. Une collaboration étroite et une amitié très forte lient la Fédération générale des travailleurs palestiniens et la cgt, qui a été renforcée par le séjour de Bernard Thibaud en Palestine (voir la V.O. du 20 mars 2013). Le dernier Congrès de la cgt a voté une résolution le 19 mars 2013. Le 18 juillet dernier, Thierry Lepaon a rédigé une adresse aux travailleurs de Palestine au nom de tous les militants de la cgt. Le 30 juillet dernier, le Mouvement des syndicats palestiniens soutenu par le Congrès des syndicats Sud-Africains appelait les syndicats du monde entier à agir immédiatement pour arrêter le massacre israélien à Gaza. Je l’ai transmis à l’U.D. et à l’USR le 8 aout dernier.

 

LA SITUATION DE L’ECONOMIE ET DES TRAVAILLEURS EN PALESTINE

Dans sa Résolution « Palestine », le 50ème Congrès déclare : « Pour la cgt, ce sont toujours les travailleurs, quelles que soient leurs origines, qui sont les premières victimes des guerres et des situations de pauvreté qu’elle engendre ». Les travailleurs palestiniens subissent à la fois les guerres et conflits à répétition, et l’occupation qui restreint les libertés et étouffe l’économie. La première raison de nous mobiliser est, comme nous l’avons vu, la question de la paix. La seconde, est la solidarité avec les travailleurs palestiniens. La Palestine a une population de 4,3 millions d’habitants (2,65 M en Cisjordanie et 1,8M à Gaza). Sa superficie est de 6020 km2, soit quasiment le Département de la Manche (5938km2).Depuis les accords d’Oslo (1993), la Cisjordanie est divisée en trois grandes zones : la zone A qui comprend les 7 grandes villes palestiniennes (Jénine, Ramallah, Hébron, Bethleem, Naplouse, Tulkarem, Qalqiliya ), où l’Autorité palestinienne assure la sécurité et l’Administration. La zone A couvre 20% de la Cisjordanie et comprend 55% de la population. La zone B comprend les autres localités : Israel assure la sécurité et l’Autorité palestinienne, l’administration. Et la zone C sous contrôle total d’Israel, qui représente 62% de la Cisjordanie. Ce sont les terres les plus fertiles et c’est là que sont les principales ressources de la Cisjordanie. La vallée du Jourdain, où trouvent les meilleures terres, est à 87% en zone C.

Dans ces conditions, il reste peu d’opportunité aux Palestiniens pour développer une économie stabilisée. Elle s’appuie essentiellement sur les services (18,9% du PIB en 2013), l’agriculture (3,9%) qui reste le deuxième employeur (olives et oléiculture), activités de distribution et de réparation de véhicules (17,8%), construction (11%), exploitation minière et industrie (16,3%), secteur public (11,7%), nouvelles technologies (5,3%).

L’essentiel de la production en Palestine et à faible valeur ajoutée. Elle se heurte en permanence aux difficultés de libre circulation des biens et des personnes par les barrières e sécurité mises en place par Israel, et qui influent lourdement sur le développement des entreprises, sur les conditions de travail et sur l’organisation de l’économie. Et enfin, l’économie palestinienne est largement dépendante d’Israël puisque 71% des importations en proviennent et 82% des exportations lui sont destinées. Israël contrôle tous les points d’entrée sur le territoire palestinien. Dans ces conditions, l’économie palestinienne est peu créatrice d’emplois.

La croissance économique palestinienne provient donc essentiellement des projets publics d’infrastructure. Mais, pour les réaliser, l’aide internationale est nécessaire pour assurer la continuité des services publics. Et pourtant, les fonds disponibles ne permettent de payer ni tous les salaires, ni toutes les entreprises. La croissance, de 8% entre 2008 et 2010 , est passée à 5,2% en 2011 et ne cesse de décroître. En 2013, elle n’a été que de 2%. Et le taux de chômage est passé de 23% en 2012 à 25,2% en fin 2013, soit 270 000 salariés. Alors que 70% de la population palestinienne est âgée de moins de 30 ans, 38,8% d’entre eux sont au chômage et celui-ci atteignait déjà 55,1% dans la bande de Gaza avant l’agression israélienne de cet été. Avec les restrictions budgétaires, le potentiel d’emplois du secteur public est en baisse.

Par contre, là où l’emploi e développe, c’est celui des Palestiniens dans les colonies en Cisjordanie où il y a entre 500 000 et 600 000 colons (plus que la population du Département). On peut estimer à environ 105 000 le nombre de travailleurs palestiniens occupés en Israël sur dans le secteur de la construction, la manufacture, le commerce et l’agriculture. Ils y travaillent non par choix mais par nécessité. Leur salaire est presque deux fois supérieur en moyenne à celui payé dans le secteur privé en Cisjordanie., mais, cela, au prix de trajets longs (4h), pénibles, humiliants et souvent couteux pour se rendre sur leurs lieux de travail. Parmi eux, beaucoup travaillent sans permis, ce qui les rend particulièrement vulnérables.

Le développement économique en Cisjordanie reste entravé par de multiples restrictions à la liberté de circulation. Le mur de la honte qui, une fois terminé, devrait faire 71 kms de long, est réalisé aux 2/3. 59 postes de contrôle sont surveillés en permanence par des militaires, 25 postes de contrôle partiel et des centaines de barrages routiers, auxquels il faut ajouter 243 autres points de contrôle volant, qui rendent extrêmement difficile un développement économique durable. Une récente étude de la Banque Mondiale a estimé que si ces restrictions étaient levées, la valeur ajoutée potentielle s’élèverait à 3,4 milliards de dollars, soit 35% du PIB en 2011. A ces restrictions des droits de circulation des biens et des personnes, il faut ajouter que l’expansion incessante des colonies restreint l’accès des Palestiniens à la terre, à l’eau et à d’autres ressources naturelles, et entraîne des expulsions de leurs terres et de leurs maisons. Depuis 2013, les résultats économiques sont en baisse, le chômage et la pauvreté augmentent et la crise financière s’inscrit dans la durée, ce qui sape la confiance de la population. Il faudrait, pour retrouver le développement économique, créer 600 000 emplois au cours des 10 prochaines années. Face à cette situation, les travailleurs ont à leur disposition quelques outils pour défendre leurs droits. D’abord, l’Inspection du travail, mais qui dispose de peu de moyens. Un salaire minimum existe (1450 shekels), mais il est difficile de savoir s’il est respecté. D’ailleurs, la FGTU s’y est opposé, le trouvant trop bas.. Ensuite, il y a la commission nationale pour l’emploi des femmes qi joue un rôle très important pour la défense des droits de la femme, et renforce son rôle dans l’entreprise pour l’égalité hommes-femmes.

Et il y a le principal syndicat, la PFGTU (Fédération des syndicats palestiniens) qui est partenaire historique de la cgt, et qui représente 318 000 salariés. Elle défend les intérêts des salariés sur le terrain et dans les organismes publics. La PFGTU a en particulier en projet de renforcer la capacité de diriger des syndicalistes femmes. Mais comme l’emploi salarié des femmes est très faible et même en recul, ce combat demeure hypothétique. Sans l’aide internationale et la levée des barrages, l’économie palestinienne ne peut s’en sortir durablement. Son avenir immédiat est donc lié à la reprise du processus de paix et à la reprise du processus de paix et à la reprise des grands organismes de financement. La banque mondiale, comme partout, conditionne ses aides à la diminution des déficits (17 milliards de dollars en 2011) et à la maitrise des déficits publics. C’est une vieille chanson que nous connaissons bien chez nous. Et, à cette chanson, comme partout, il faut lui tordre le cou, en exigeant de la communauté internationale le droit au peuple palestinien de disposer librement de sa terre, de son économie et de son destin. L’Assemblée Générale des Nations Unies qui s’ouvre le 6 septembre prochain sera un bon indicateur du courage politique de l’U.E. et de la communauté internationale. Pour terminer, en ce qui nous concerne, ici concrètement, les possibilités d’action sont multiples pour exprimer notre solidarité avec les travailleurs palestiniens et le peuple de Palestine. Il y a les propositions de la cgt (exprimées dans la V.O. du 20 mars 2013) Il y a le boycott des produits fabriqués dans les colonies. Il y a toute l’action pour favoriser la paix en Palestine et venir en aide au peuple de Gaza. Nous reviendrons plus en détail sur cette question à une autre C.E.

 

 

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