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3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 19:20

LES 80 ANS DU FRONT POPULAIRE

Conférence donnée le 30 avril 2016,  par Bernard LE BOISSELIER, militant CGT, membre de l'Institut d'Histoire Sociale de la CGT, dans le cadre des manifestations du 1er mai, à la salle des fêtes de Cherbourg-en-Cotentin

Dès le début de la guerre la direction de la CGT a sombré dans la collaboration de classe avec la bourgeoisie. Elle a mis pratiquement l’organisation syndicale au service de cette bourgeoisie. C’est le Comité National de la CGT qui affirme dès 1914 : « Maintenant que la guerre est déclarée, le CCN rappelle aux groupements ouvriers que la besogne utile et impérieuse de l’heure c’est l’organisation de la solidarité… » En réalité, et sous couvert de solidarité, les dirigeants syndicaux participent à l’effort de guerre du gouvernement : c’est « l’union sacrée ».

Il serait pourtant totalement injuste de ne pas faire état que, dans les derniers mois de la guerre et sous la pression des masses, la minorité de la CGT hostile au conflit avance timidement quelques mots d’ordre en faveur d’une paix juste. La guerre prend fin en novembre 1918 par la victoire des impérialismes français, anglais et américains.

Mais en France, avec le retour des mobilisés, le chômage s’étend. Durant le conflit et pour pallier aux insuffisances de main d’œuvre les femmes sont massivement entrées dans la production. Elles sont dès le début de 1919 chassées des entreprises et les tenants du capital reprennent leurs louanges à « la femme au foyer ». La bourgeoisie qui a fait supporter au peuple les frais de la guerre entend bien lui faire supporter ceux de la reconstruction du pays et la renaissance de son économie. Elle met à profit le chômage existant pour maintenir les salaires au niveau le plus bas et pour allonger la durée du travail. Si les quelques luttes pendant la guerre ont abouti à quelques augmentations de salaire, celles-ci restent hors de mesure avec les prix qui ne cessent de croître. Ils ont triplé depuis 1914. Les marchands de canons et les spéculateurs ont édifié des fortunes colossales. On comprend, dès lors, le mécontentement populaire. Les travailleurs réclament l’augmentation des salaires et la réduction de la journée de travail à 8H00. Bien sûr le patronat est contre et le journal patronal « La halle aux cuirs » déclare en février 1919 : « L’établissement de la journée de travail de huit heures, serait pour la nation une irréparable catastrophe… cette proposition ne tend à rien moins que l’étranglement de la France, et si quelques modifications devaient à l’heure actuelle être apportées à la durée du travail en France ce serait plutôt pour l’augmenter que pour la réduire… mais ajoute-t-il, cette proposition ne cache-t-elle pas l’arrière-pensée d’heures supplémentaires de travail payées à un taux plus élevé ».

Pour autant ce ne sont pas les seuls soucis qui accablent les masses populaires. Un corps expéditionnaire opère contre la jeune république des soviets pour tenter de rétablir le pouvoir du capitalisme. La clarté s’est faite aussi dans l’esprit d’un grand nombre d’anciens combattants. Si, dès 1914, le caractère impérialiste de la guerre n’apparaissait qu’à une infime minorité, si des milliers d’hommes avaient pu, trompés par les mensonges chauvins croire en la justesse des combats qu’ils allaient mener, à présent les buts véritables de la guerre leur apparaissaient. Ils demandent des comptes et exigent que des mesures concrètes soient prises pour garantir la paix. C’est Henri Barbusse qui dans son ouvrage sur la guerre « Le feu » écrivait : « Devant cette profonde vision de pauvre nuit humaine qui remplit cette caverne sous son linceul de ténèbres, je rêve à je ne sais quelle lumière ». Cette lumière, c’est pour une part du côté des syndicats que vont venir la chercher ces anciens combattants revenus directement de la tranchée à l’usine ou au chantier. La CGT qui comptait 970 000 syndiqués en 1910 e compte 2.400.000 en 1920. Des organisations syndicales jusque-là autonomes, adhèrent à la CGT. De nouveaux syndicats se constituent. Leur nombre passe de 1 151 en 1918 à 2 125 fin 1919. Ce renforcement considérable de la CGT et cet élargissement de ses organisations témoigne d’une prise de conscience du monde ouvrier et de sa volonté d’action. Dès 1919 le climat revendicatif se manifeste au travers de très nombreuses grèves. Le gouvernement est obligé de reculer. Le 23 avril il fait voter, en quelques heures, la loi des 8H00 sans diminution de salaire. Cela ne suffit pas pour arrêter le mouvement. Le 1er mai la grève de 24H00 est générale dans tous les grands centres. A Paris 500 000 manifestants se heurtent aux forces de police. Il s’ensuit de nombreuses bagarres. Une centaine de manifestants sont blessés mais en face ce sont près de 600 agents et gardes mobiles qui le sont aussi. En juin ce sont les métallos, le 3 août ce sont les ouvriers agricoles. Tous ces mouvements aboutissent à d’importants succès.

Les statistiques officielles indiquent pour 1919, 2 206 grèves avec 1 160 000 grévistes. Les deux années suivantes sont marquées par une reprise en main du pouvoir politique. Malgré les luttes qui se poursuivent, la répression et l’utilisation de l’armée en remplacement des grévistes ont des conséquences et limitent l’ampleur de l’action des salariés. Dès 1921 le patronat s’attaque plus ouvertement encore aux conquêtes sociales. L’année connait plus de 500 actions pour un total de 400 000 grévistes. Pourtant le divorce qui s’est produit pendant la guerre entre les masses ouvrières et les chefs syndicaux « d’union sacrée » s’aggrave. Les dirigeants réformistes de la CGT, avec Jouhaux, proposent un plan de réformes dans le cadre du régime capitaliste. Il s’agit d’aider à la réorganisation économique c’est-à-dire à la renaissance de l’économie capitaliste moyennant quelques réformes. Cette orientation des directions syndicales réformistes soulève une forte indignation. L' opposition dite minoritaire qui a vu le jour pendant la guerre s’organise et elle obtient au Congrès de septembre 1920, 691 voix contre 1482 à la direction confédérale. Ce vote ne représente pas la réalité des forces en présence. Les gros syndicats où les minoritaires sont prépondérants, sont défavorisés par rapport aux syndicats de plus faible importance. Les dirigeants majoritaires, les réformistes, sont fermement décidés à se débarrasser de toute manière des minoritaires révolutionnaires. La commission administrative de la CGT du 27 décembre 1921 maintient l’exclusion des syndicats adhérents aux comités syndicalistes révolutionnaires auxquels ont adhéré les minoritaires. La scission est consacrée. La CGT qui ne comptait plus que 920 000 adhérents verra ses effectifs tomber à 373 400 l’année suivante. Les syndicats évincés de la CGT se réunissent en congrès à Saint Etienne du 26 juin au 1er juillet 1922, ils y construisent une nouvelle centrale : « La Confédération Générale du Travail Unitaire » CGT U. Le mouvement ouvrier sort profondément divisé de cette période d’après-guerre. Les réformistes ont maintenant les coudées franches pour pratiquer plus librement leur politique de collaboration de classe. Pour autant les révolutionnaires de la CGT U ne sont pas tous sur la même longueur d’onde, ils sont loin d’avoir des pensées communes sur toutes les questions.

L'auditoire quelques minutes avant la conférence

Quinze années difficiles commencent pour la classe ouvrière qui, affaiblie par la division va subir l’assaut des forces réactionnaires. En 1929 une crise économique s’abat sur le monde capitaliste. Ce n’est pas le fait du hasard. C’est l’aboutissement logique du développement du capitalisme. La cause profonde de la crise c’est le déséquilibre inévitable entre la production et la consommation. C’est Karl Marx qui le souligne dans « Le Capital ». « La raison dernière de toutes les crises véritables c’est toujours la pauvreté et la consommation limitée des masses, opposée à la tendance de la production capitaliste de développer les forces productives comme si elles ne connaissaient d’autres limites que la capacité absolue de consommation de la société ». C’est une crise classique par ses origines à chercher dans les contradictions internes du capitalisme, dans l’antagonisme fondamental entre l’appropriation privée des moyens de production et le caractère social de la production. Le coup de tonnerre : le krach boursier de Wall Street le 24 octobre 1929. Cela se traduit par l’effondrement des prix et de la production, la débâcle des profits et des valeurs boursières, le gonflement des faillites et du chômage. La France, s’il est permis de le dire ainsi, garde bonne mine jusqu’à la fin 1930. Mais ce n’est qu’un décalage dans le temps puisque touchée avec retard elle réagira aussi avec retard par rapport aux autres acteurs économiques mondiaux.

Pour autant la crise a des conséquences politiques et sociales d’une grande importance. Elle aiguise les contradictions entre les pays capitalistes qui, en liaison avec le manque de débouchés, se disputent âprement les marchés. Les risques de conflits se multiplient. Des foyers de guerre se créent. La crise affecte très durement la classe ouvrière. Le chômage se développe : 313 000 personnes secourues en 1933. 412 000 en 1934 et 439 000 en 1935. La réalité c’est qu’ils sont beaucoup plus nombreux puisque tous les chômeurs ne sont pas secourus. Le chiffre d’un million est beaucoup plus près de la vérité. Mettant à profit cette situation le patronat renforce son exploitation. C’est la réduction brutale des salaires de 10 – 20 et même 30 %, la suspension des primes, le déclassement des catégories où il impose des heures supplémentaires qui ne sont pas payées.

De son côté le gouvernement réduit les traitements de ses fonctionnaires et amorce une réforme administrative basée presque uniquement sur des licenciements. A cette misère s’ajoute l’arbitraire patronal et la répression syndicale surtout en direction des militants de la CGT U. Pourtant en dépit des difficultés, de la faiblesse des organisations syndicales et du chômage, la résistance ouvrière s’organise et se développe sous l’impulsion de la CGT U. L’unité d’action dans les entreprises se développe et fait des progrès sensibles. Les actions de masse se développent au cours des années 1929 -1930-1931-1932-1933. Si ces actions ont pour origine l’opposition aux réductions de salaire et à la répression, progressivement elles prennent un caractère plus offensif. On réclame l’augmentation des salaires, la révision du barème des temps de travail et la réduction de la durée du travail. En 1931 et 1932, 60 % des actions se traduisent par un succès. Devant ce mouvement de masse qui monte, devant la combativité ouvrière qui se manifeste, la bourgeoisie se sent impuissante à juguler le mécontentement et à assurer ses arrières en vue de la guerre qu’elle prépare. C’est pourquoi elle a recours au fascisme. Celui-ci s’est installé dès 1922 en Italie. Le 30 janvier 1933 Hitler, en Allemagne, a été nommé chancelier du Reich et en août 1934 il cumule la totalité du pouvoir et installe son parti le parti national socialiste à la direction du pays.

Le fascisme ce n’est pas le simple remplacement d’un gouvernement réactionnaire par un autre gouvernement réactionnaire. C’est une nouvelle forme de pouvoir d’Etat et de la bourgeoisie qui s’appuie ouvertement sur la violence, la contrainte, la démagogie et la corruption.

Le fascisme c’est la suppression de tous les droits et libertés démocratiques, même bourgeois. C’est la suppression de la légalité républicaine.

En France la bourgeoisie et ses éléments les plus réactionnaires s’orientent dans cette voie. Pour se faire des groupements fascistes de guerre civile sont mis à pied d’œuvre. On utilise à cet effet des organisations existantes comme « la ligue d’action française » et les « jeunesses patriotes » mais on en crée aussi d’autres comme « les croix de feu » du colonel La Roque, « la ligue des contribuables », « la solidarité française ». Bien évidemment le patronat accorde toute sa sympathie à ces différents groupements. Le journal « Le Capital » le bien nommé, du 28 novembre 1933 cite en exemple l’Allemagne et l’Italie : « Le redressement des forces nationales, ne s’est opéré que grâce à la discipline imposée par des chefs qui ont su manier le bâton de commandement et s’affranchir de la tyrannie des clubs ». Toutes ces organisations ne cachent pas leur volonté de destruction des syndicats ouvriers et préconisent la lutte physique contre les meneurs. Par des violations continuelles des droits et libertés les forces réactionnaires tentent de créer les conditions favorables à la prise du pouvoir. Pour parvenir à leurs fins elles misent surtout sur la division ouvrière. C’est elle qui, en Allemagne et en Italie a permis d’instaurer la dictature.

Le mouvement ouvrier doit tirer les leçons de cette faiblesse. En février 1934 les groupes réactionnaires de la bourgeoisie jugent le moment venu de tenter un coup de force. Il y a des hommes dévoués au fascisme à la chambre des députés, au Sénat, au conseil municipal de Paris, parmi les cadres de la police et jusqu’au sein du gouvernement Daladier. L’émeute est déclenchée le 6 février 1934 au soir, place de la Concorde à Paris et vise la chambre des députés. Aussitôt 26 000 travailleurs parisiens contre manifestent. Des heurts violents les opposent aux émeutiers et aux forces de police. Mais grâce à leur action, le putsch fasciste a échoué. Le 7 février, cinq syndicats parisiens de la CGT U, décident d’une grève générale antifasciste et prennent contact avec la CGT confédérée. Celle-ci décide d’appeler à la grève générale le 12 février. Mais le 7 février le gouvernement Daladier démissionne il est remplacé par le gouvernement Doumergue très ouvertement réactionnaire, qui compte dans ses rangs Pétain et Laval. Le 9 février à l’appel du parti communiste et de la CGT U 50 000 travailleurs manifestent. La police attaque les manifestants. Les travailleurs ripostent en érigeant des barricades. Six ouvriers sont tués par des policiers. « Le Populaire » du 10 février rend compte : « les manifestants firent preuve toute la soirée d’un courage et d’une énergie admirables ». Cette initiative est décisive elle crée les conditions du succès de la grève du 12 pour laquelle la CGT U lance un appel parallèle à celui de la CGT confédérée. La grève générale du 12 février est un succès considérable. Elle constitue dans le mouvement syndical français une manifestation de masse sans précédent. De violentes bagarres opposent manifestants et forces de police, des barricades sont érigées à la hâte un ouvrier est tué à Saint Cloud. L’après-midi, deux manifestations parties de la place de la Nation et du cours de Vincennes, respectivement composées l’une de la CGT U et du parti communiste, l’autre du parti socialiste et de la CGT confédérée convergent l’une vers l’autre. Alors ce fut le contact fraternel et joyeux l’amalgame la soudure. Les deux masses se fondirent en une seule animée d’une même résolution.

Le fascisme français était vaincu. La classe ouvrière, unie, se sentait invincible ! C’est l’intervention de la classe ouvrière qui a été déterminante mais il fallait pour cela qu’elle réalise son unité. Seule la classe ouvrière ne pouvait pas vaincre. C’est parce qu’elle s’est battue lors des journées de février que les masses hésitantes notamment la classe moyenne sont sorties de la neutralité pour prendre une part active à la lutte antifasciste. Au cours de l’année 1935 les ouvriers font la démonstration qu’ils ne restent pas passifs. Contre les décrets lois, pour l’augmentation des salaires, ils organisent la lutte. Les grèves affectent les corporations les plus diverses comme les traminots de Lille, les tisseurs de Caudry dans le Nord, les métallos de Penhoët, les mineurs de charbon de la Mure dans l’Isère, les dockers de Marseille, les ouvriers des scieries à Saint Chamond. D’autres actions se développent comme les manifestations de rues qui sont trop nombreuses pour être citées mais qui rassemblent à chaque fois des foules énormes. Si l’activité des ligues fascistes se poursuit, les démocrates et en premier lieu les ouvriers réagissent avec énergie. Le 11 novembre 1934 100 000 ouvriers, anciens combattants républicains manifestent contre la réaction. En 1935, des rassemblements locaux contre la guerre et le fascisme sont organisés. Les syndicats ouvriers y jouent un rôle important. Le 5 mars 1934 a été formé le comité de vigilance des intellectuels qui déclare : « nous ne laisserons pas l’oligarchie financière exploiter, comme en Allemagne, le mécontentement des foules gérées ou ruinées par elle…. Nous n’avons pas à conserver le monde présent. Nous avons à le transformer, à délivrer l’Etat de la tutelle du grand capital en liaison intime avec les travailleurs ». Dans ces luttes, le mouvement d’unité né des combats de février 1934, se développe tant sur le plan syndical que politique. C’est en octobre 1934 que Maurice Thorez avait lancé l’idée : « Nous jetons l’idée d’un vaste rassemblement populaire pour le pain, pour la liberté et pour la paix. A tout prix pour battre la réaction, constituons un large front populaire. En mai 1935 premier succès de la Gauche aux élections municipale. Le 14 juillet un comité de rassemblement est constitué. A son organe directeur les deux confédérations : CGT confédérée et CGT U y participent ainsi que le parti socialiste et parti communiste. La journée du 14 juillet est un magnifique succès et le comité d’organisation se transforme en comité national de rassemblement populaire. Les organisations syndicales ont apporté, dans le programme, l’essentiel des revendications économiques et sociales. Il préconise notamment : Le relèvement du niveau de vie, l’institution d’un fond de chômage, la réduction de la durée hebdomadaire du travail sans réduction de salaire, l’amnistie générale, le désarmement, la dissolution des ligues fascistes, l’abrogation des lois scélérates, l’application et le respect du droit syndical pour tous, le respect du droit au travail des femmes. Enfin pour la défense de la paix, la nationalisation des industries de guerre, l’extension des pactes ouverts à tous, l’appel à la collaboration des masses laborieuses pour le maintien et la défense de la paix.

C’est ce programme qui sera plébiscité aux élections législatives de mai 1936. En octobre 1934, la CGT U adresse à la CGT confédérée des propositions tendant à la fusion des syndicats à la base et la convocation d’un congrès d’unification. Cette idée fait son chemin au sein même des confédérés. En décembre 1934, les cheminots de Lyon PLM décident leur fusion. En juillet 1935, après 7 mois de laborieuses négociations un accord se réalise enfin pour la reconstitution de l’unité syndicale. En septembre 1935 les deux congrès des deux CGT se tiennent au même moment. En fin de travaux les deux congrès décident de se réunir en une séance commune Dans un enthousiasme indescriptible les deux représentants de chaque organisation prennent la parole pour saluer l’évènement. Le congrès de réunification se tient à Toulouse le 6 mars 1936. 1 700 délégués y participent. Il consacre la réunification de la CGT.

Pour autant, tous ne sont pas d’accord sur toutes les questions qui divisent encore le mouvement syndical, mais tous s’inclinent par discipline syndicale lorsque la majorité s’est prononcée. Finalement tous les congressistes adoptent à l’unanimité une motion qui précise : « L’adhésion donnée par les représentants du mouvement syndical au programme dressé par le comité de rassemblement populaire ». Un petit retour en arrière pour préciser les positions des différents partis de Gauche en France à cette époque.

Le Congrès du parti socialiste de juin 1935 se rallie aux propositions communistes de créer un Front Populaire. Il déclare qu’il accepte l’idée d’un grand mouvement populaire pour défendre les libertés démocratiques, contre les effets politiques économiques et sociaux de la crise capitaliste. Le parti radical à son tour s’engage aux côtés des socialistes et des communistes.

Aux élections législatives de mai 1936 le Front Populaire remporte un très large succès. Il obtient 376 députés sur les 610 qui composent la Chambre. Un ministère socialiste-radical soutenu par le parti communiste est mis en place : Léon Blum est président du Conseil. Ce gouvernement a pour tâche de mettre en application le programme du Front Populaire, mais pour cela il devra vaincre la résistance des oligarchies financières. Pour ce faire l’action des masses est décisive. Ce sont elles qui vont en juin imposer les premières victoires, leur devise : « on vote et on lutte ». La lutte elle a débuté pendant la campagne électorale dans la région lyonnaise. C’est entre les deux tours des législatives (26 avril – 3 mai) qu’est célébré le 1er mai. La grève est totale dans les principales corporations. 30 000 personnes sont rassemblées au stade Buffalo et 15 000 à Clichy. En province à Marseille, Toulon, Strasbourg, on défile dans les rues et dans les grands centres d’Algérie on a cessé le travail et organisé des meetings.

Thierry LACOMBE de l'Union locale CGT et Lionel LEROGERON du Comité régional CGT ont participé au débat qui a  suivi la conférence

Le patronat tente d’enrayer le mouvement montant. Il licencie un peu partout les militants syndicaux. Mais c’est peine perdue. La vague va déferler. Ce sont bientôt les grandes grèves. En moins d’un mois elles vont gagner l’ensemble des industries et paralyser l’économie. Dans la métallurgie le patronat doit accepter la discussion. Mais elle s’avère difficile sur les salaires. Apprenant que des discussions sont engagées quelques usines ont repris le travail. Le 3 juin le patronat rompt les pourparlers. Les métallos débrayent de nouveau et le mouvement s’étend à l’ensemble de la région parisienne puis il gagne la province. Les statistiques officielles font état de 12 000 grèves et 2 millions de grévistes. Dans ce mouvement apparaît une nouvelle forme de lutte : l’occupation des usines par les grévistes. Sous la pression des travailleurs le gouvernement du Front Populaire doit intervenir et soutenir les propositions de la CGT. Bien plus c’est le patronat lui-même qui sollicite une réunion.

Celle-ci aura lieu à l’hôtel Matignon. Pour la première fois de l’histoire du mouvement ouvrier français la CGT est ainsi reconnue par le patronat. Les négociations s’ouvrent le 7 juin à 15H00 et à 1H00 du matin le 8 juin 1936 les accords Matignon sont signés. Après la signature des accords les patrons essayent d’obtenir de la CGT un appel à l’évacuation des usines. Benoît Frachon témoigne : « nous étions quelques-uns à savoir que les travailleurs engagés dans la lutte n’abandonneraient pas cette forme de leur action avant que les conventions collectives soient signées et nous le fîmes connaître nettement en refusant de faire un tel appel ». Les accords Matignon accordent une augmentation générale des salaires de 7 à 15 %, en moyenne 12 % mais grâce à la poursuite de la lutte les travailleurs vont obtenir 30 % et pour certains 40 à 50 %. C’est aussi la reconnaissance du droit syndical, les 40 H00 sans diminution de salaire, les conventions collectives, les congés payés, les nationalisations des industries de l'armement. L’application de ces lois est immédiate. En quelques semaines le mouvement ouvrier vient de remporter une première grande victoire. Les adhésions affluent. C’est la ruée vers le syndicat. Le 15 juin la CGT dénombrait 2 millions 500 000 membres et en juin 1937 on peut évaluer à 5 millions d’adhérents les effectifs de la CGT. Mais le capitalisme reste le capitalisme il n’a pas disparu, pas plus que le patronat. Benoît Frachon déclare au CCN du 16 juin 1936 : « les patrons ont discuté sous la menace et sous la peur de l’élargissement du mouvement… Nous avons obtenu des avantages. Mais les patrons restent les patrons et des patrons de combat ». Le 4 août 1936 la confédération générale du patronat français laisse entendre qu’il n’hésitera pas à utiliser la situation internationale. Après tout « mieux vaut Hitler que le Front Populaire ». Sur le plan économique les hommes du grand capital sabotent la Défense Nationale afin d’affaiblir la résistance de la France face à l’agression prévisible du fascisme. Le Comité des houillères met en exploitation ses gisements les moins rentables. De Wendel en fait de même avec le minerai de fer. Les gros trusts de la métallurgie sabotent la production et certains refusent les commandes du Ministère de la Défense Nationale. Dans l’aviation, l' automobile, pour diminuer la production le patronat diminue les heures de travail. Parallèlement le patronat poursuit son offensive contre les conditions d’existence des travailleurs. A son instigation les divers gouvernements prennent une série de mesures réactionnaires visant à la liquidation des conquêtes sociales de 1936. Bientôt, les décrets – lois promulgués par Paul Raynaud en novembre 1938, sont dirigés contre la classe ouvrière, les fonctionnaires et les classes moyennes. Ils abolissent en fait la semaine de 40H00 et réduisent la majoration des heures supplémentaires. Les années 1937 et 1938 connaissent des centaines de mouvements qui revêtent des formes diverses. Il y a certes des grèves mais aussi des manifestations, des arrêts limités de travail, des délégations de masse. Soutenus et financés par la droite la plus réactionnaire, des syndicats de diversion sont créés notamment les syndicats professionnels français. Les groupes fascistes, que le gouvernement du Front Populaire n’a pas frappés de manière décisive se réorganisent inspirés et dirigés par l’Allemagne. Contre les décrets loi la CGT se doit d’organiser la lutte. Le 25 novembre 1938 les dirigeants des fédérations d’industrie se réunissent et décident l’organisation d’une grève de 24H le 30 novembre. Mais les lenteurs et tergiversations de la direction de la CGT, l’activité de désagrégation que mène Belin au sein des instances dirigeantes font que le patronat a tout le temps pour se préparer à contrer le mouvement. C’est ainsi que des arrestations préventives de militants sont effectuées. Lock-out, occupation policière des centres déterminants sont des freins puissants à l’action tout comme la réquisition des cheminots le 25 novembre et des agents des services publics le 28. Malgré tout, le mouvement peut compter 50 à 80 % de grévistes dans les grandes entreprises de la métallurgie, des industries chimiques, du bâtiment. La répression est brutale près de 500 militants sont condamnés à des peines allant de quelques jours à 18 mois de prison. Des fonctionnaires et des agents des services publics sont sanctionnés.

Impossible dans cette évocation du Front Populaire de ne pas évoquer le drame que va vivre l’Espagne. En février 1936 elle élit sa nouvelle assemblée et envoie au Cortès, l’équivalent de notre parlement, une majorité de Front Populaire. C’est le 18 juillet au Maroc qu’a lieu un coup d’état militaire visant à renverser le Front Populaire espagnol. Il est l'oeuvre de généraux fascistes ayant à leur tête le général Franco. Les républicains demandent aussitôt une aide militaire à la France au nom des accords passés entre les deux pays en 1935. Le conseil des ministres du Front Populaire français se réunit le 25 juillet et décide, en accord avec l’Angleterre, de ne pas livrer d’armes aux espagnols C’est la non intervention qui précipite la défaite des républicains espagnols alors que les factieux de Franco reçoivent le renfort armé de l’Allemagne et de l’Italie.

La CGT subit en son sein les effets de la question d’Espagne qui divise le monde politique. La majorité confédérale combat la non intervention. Elle se heurte à la minorité pacifiste de Belin et Delmas. A terme la République espagnole est écrasée par les nationalistes fascistes de Franco qui instaurent un régime politique que la victoire des alliés en 1945 ne remettra même pas en cause.

En septembre 1938 Hitler attaque la Tchécoslovaquie. Il l’occupe sans coup férir. La diplomatie française et anglaise s’agite et menace à mots couverts mais c’est tout. Le 28 septembre 1938 les démocraties bourgeoisies occidentales capitulent à Munich devant la chancelier Hitler. Par les accords de Munich la France et la Grande Bretagne donnent leur aval au Reich hitlérien pour qu'il occupe les territoires  sur lesquels vivant 850 000 tchèques. C’est la première grande victoire du fascisme. Elle est présentée comme une victoire de Paix par les pacifistes bêlants. Daladier qui revient de Munich est fêté à son retour à Paris comme le sauveur de la Paix.

Hitler a compris là qu’il avait le champ libre et que personne en Europe occidentale ne viendrait se mettre en travers de ses ambitions expansionnistes. Nous entrons là de plein pied dans les prémices de la seconde guerre mondiale et c’est une autre histoire.

Cherbourg le, 30 avril 2016.

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